La fabrication de la soie

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La sériciculture désigne l'élevage du ver à soie - chenille du papillon appelé Bombyx du mûrier (Bombyx mori). L'élevage du ver à soie ayant pour dessein l'extraction de la soie regroupe l'ensemble des techniques agricoles et artisanales allant de la culture du mûrier, le maintien du cycle de reproduction des vers à soie produisant des cocons, le dévidage de ceux-ci en fibre de soie puis la filature en fil de soie.

Origines - Légende et antiquité
Une équipe archéologique chinoise aurait découvert de la soie dans des sépultures du site de Jiahu, répertoriant ainsi les premières traces de soie à plus de 8 millénaires avant notre ère.
Une légende Chinoise attribut la découverte du dévidage du cocon de soie à la princesse chinoise Si-Ling-Chi qui - environ 2600 ans avant J.C. - aurait fait tomber un cocon de papillon dans son thé chaud. En souhaitant l'en retirer, elle aurait découvert de fins filaments qui pouvaient se tirer continuellement.
L'Empire de Chine restera producteur exclusif de soie pendant 2 000 ans. Son commerce s'étendant jusqu'à la Grèce i.e. la route de la soie vers 200 ans avant J.C. Les Japonais et les Indiens finissent par percer le mystère de la sériciculture et deviennent eux aussi de grands producteurs, à tel point que les Romans nomment la région à l'Est du Gange : Séricium.
Bien plus tard - au VIème siècle après J.C. - la sériciculture est finalement maitrisée par l'Empire Byzantin qui protège son secret jalousement. Peine perdue puisque la conquête mulsumane de la péninsule ibérique et de la Silice diffusera massivement l'intégralité des techniques de production de la soie dans le bassin méditérannéen principalement en France, Italie et Espagne.
Histoire moderne en France
C'est avec l'arrivée des papes à Avigon au 14ème siècle que commence la culture des mûriers dans cette région. Simultanément Louis XI motivera de nombreux artisans grecs et italiens à émigrer à Tours afin d'y promouvoir la sériciculture. Un siècle plus tard, Tours devient un centre séricicole plus important que Paris, Lyon ou Montpellier. S'en suit diverses actions et ordonnances royales par François Ier, Henri IV - Olivier de Serres et Louis XIV - Colbert qui vont vraiment ancrer la fabrication de la soie dans le tissu artisanal français.
Un hiver particulièrement rude en 1709 gela la majorité des oliviers du midi ainsi que les châtaigniers des Cévennes. Ce gel dévastateur va engendrer la plantation massive de mûriers dans les Cevennes et plus légèrement en Provence. Cela aboutit à une respectable production annuelle d'environ 7 000 tonnes de cocons de soie.
La production va alors drastiquement s'accélérer des années 1760 - 1780 aux années 1850 pour passer de 7000 tonnes à 26 000 tonnes annuelles. Bien évidemment cette forte augmentation de la production se fait au prix de l'augmentation de la densité d'élevage des vers à soie qui se retrouvent être victime de nombreuses maladies. Vers 1856 la production a chuté de 26 000 à 7 500 tonnes par an, presque 80 ans d'optimisation de production évaporée.
Plusieurs tentatives afin d'endiguer les maladies des plants de mûriers ainsi que des vers à soie seront entreprises. On notera entre autres les travaux de de Quatrefages, Béchamp, Balbiani et Louis Pasteur sur deux maladies : la pébrine et la flacherie. Après 5 ans de recherche et la mise en place de nouvelles mesures d'élevage, la propagation de ces deux maladies sont enrayées. La production remonte à 8 000 - 10 000 tonnes annuelles. À compter de ce moment la sériciculture va progressivement diminuer en France notament à cause de la flacherie qui va résister de plus en plus aux mesures prises précédemment et à l'ouverture du Canal de Suez qui rend le commerce de la soie avec les pays asiatiques bien plus intéressant qu'auparavant.
C'est la sériciculture qui va donner naissance aux confettis. En 1891, l'élevage des vers à soie utilise du papier perforé et M. Lué, administrateur du Casino de Paris va utiliser des chutes de papier d'élevage afin de générer des petits bouts de papier utilisés comme projectiles festifs lors d'un bal masqué au sein du casino. Les confetti sont nés et se répandront mondialement en l'espace de quelques années seulement.

Les 4 étapes de production de la soie
Sériciculture
Cette première étape est précisément décrite dans son propre article : sériciculture.
Elle consiste en l'élevage du Bombyx du mûrier dont le cycle de vie passe par la production de cocons afin d'effectuer sa métamorphose. Les cocons sont faits d'un matériau matriciel composé de fils de soie sont ensuite collectés en vue d'en extraire la soie. Comme précisé dans l'article, l'intégralité du cocon contient un unique fil de soie, si la métamorphose n'aboutit pas alors ce fil peut-être extrait c'est le dévidage du cocon.

Filature - dévidage des cocons
La filature décrit le processus de dévidage du cocon afin d'en tirer le fil de soie. Les cocons sont placés dans un bain d'eau bouillante, se ramollissent et sont agités d'un petit balai afin de voir émerge l'une des deux extrémités du fil constitutif du cocon.
Chaque fil dégagé est collecté puis attaché sur un métier à filer qui groupe plusieurs fils de soie en une fibre plus épaisse constituée de plusieurs fils s'enroulant sur eux-mêmes. Sans cela, le fil de soie serait trop fin pour être tissé.
La filature artisanale se fait manuellement grâce à un métier à filer sur des tours en bois, avec l'invention de la machine à vapeur, les métiers à filer se déshumanisent et la filature peut devenir industrielle.
Moulinage
Cette étape est nécessaire afin d'augmenter encore une fois la résistance du fil de soie. Bien qu'à l'issue de la filature le fil de soie soit constitué d'une douzaine de fibres de soie enroulées sur elle-mêmes, ce fil n'est toujours pas assez résistant afin d'être tissé dans un métier à tisser artisanal ou industriel.
Le moulinage s'occupe donc de cette augmentation de résistance en groupant plusieurs fils de soie en les torsandant les uns autour des autres. En fonction de la méthode de torsadage employée plusieurs fils peuvent être créés : l'organsin, la crèpe, la grenadine, le voile etc.
Tissage
Le tissage est l'étape permettant l'obtention du textile fini. Comme n'importe quel autre textile, le tissu de soie est tissé en entrelaçant des fils de trames (largeur du tissu) avec des fils de chaîne (longueur du tissu).
Le ou les fils de trames passent à travers les fils de chaîne grâce à une navette. Le motif de tissage, défini par le réglage du métier à tisser, détermine la nature de l'étoffe : mousseline, crêpe, velours, satin, brocard etc. mais aussi le motif si plusieurs fils de couleur ou de nature différentes sont utilisés.
On mentionnera le métier à tisser Jacquard qui fut le premier métier à tisser permettant le tissage avec un seul artisan. Le réseau de tissage se "programme" par la perforation de plusieurs plaques en carton ou en bois qui détermine la séquence des fils de chaîne soulevés et donc le tissage par les fils de trame à chaque passage de la navette.