Culture vietnamienne à Paris : comment Viahe Caphe et gammeCOLLECTIVE transforment le quotidien parisien

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Créatrice de mode
Paris s'est toujours construite autant par ses mouvements visibles que par des arrivées plus silencieuses, celles de cultures qui ne s'imposent pas, mais s'installent. La culture vietnamienne à Paris en est l'un des exemples les plus discrets et les plus profonds. Elle ne cherche ni à se proclamer ni à s'expliquer. Par la répétition des gestes et des usages, elle finit simplement par devenir évidente.
Dans le 11e arrondissement, sur une rue modeste où l'on s'assoit bas sur de petits tabourets en attendant que le café filtre lentement dans le lait concentré, cette culture ne se donne pas en spectacle. Elle n'est ni décorative ni pédagogique. Elle est simplement là. À quelques rues de là, des vêtements en soie artisanale vietnamienne pensés non pour impressionner, mais pour accompagner le corps, déploient la même philosophie, sans manifeste, sans discours.
Viahe Caphe et gammeCOLLECTIVE ne cherchent pas à expliquer le Vietnam à Paris. Elles laissent des fragments d'expérience vécue, le goût, la matière, la mémoire, parler d'eux-mêmes.
Viahe Caphe : un café vietnamien à Paris né de la mémoire

L'histoire d'une ouverture
À la question de décrire Viahe Caphe en trois mots, la réponse est immédiate.
« Authentique, connexion, expérience », répond Tong. Mai acquiesce, mais choisit spontanément le vietnamien : truyền thống, kỷ niệm, kết nối, tradition, mémoire, connexion.
C'est kỷ niệm, la mémoire, qui constitue le cœur du café vietnamien parisien.
L'idée de Viahe Caphe est née bien avant son ouverture à Bastille. En 2011, Tong se rend pour la première fois au Vietnam avec Mai. Bien que vietnamien, il n'avait encore jamais découvert le pays, ni son café. À Paris, il en buvait peu. Mais au Vietnam, le cà phê sữa đá l'a marqué durablement.
« À partir de ce moment-là, il répétait qu'un jour, nous ouvririons un café vietnamien à Paris », se souvient Mai.
Lorsqu'elle arrive en France en 2009, les cafés vietnamiens à Paris sont presque inexistants. Des années plus tard, ouvrir Viahe Caphe devient une manière de transporter ses souvenirs, non pas sous forme de nostalgie figée, mais comme une matière vivante.
Une expérience culturelle, pas une reconstitution
Son inspiration vient de scènes simples : les cafés de rue au Vietnam, les petits tabourets, les après-midi passés à discuter entre amis. Des lieux qui n'étaient jamais uniquement dédiés au café, mais à la présence, à la familiarité, au temps partagé.
« Je savais que ma vie était ici désormais », explique Mai. « Je vis ici, je travaille ici. Mais je voulais ramener une partie de moi avec moi. Partager ces souvenirs. »
Viahe Caphe n'est pas une reconstitution du passé. C'est une traduction : un espace où la culture vietnamienne à Paris devient une expérience vécue, ouverte à celles et ceux qui acceptent de s'asseoir et de rester un moment.
Un lieu de communauté dans le 11e
Avec le temps, Viahe Caphe est devenu une chose de plus en plus rare à Paris : un lieu défini non par le passage, mais par la continuité.
« Environ 80 % de nos clients sont des habitués », note Tong. Certains sont arrivés seuls, d'autres comme étudiants loin de chez eux. Beaucoup sont devenus des amis. Les artistes qui se produisent dans le café étaient souvent des clients avant tout ; les dessins accrochés aux murs appartiennent à ceux qui ont un jour simplement pris un café.
« Ce n'est pas une relation transactionnelle », précise Mai. « Les gens ne se sentent pas seuls ici. »
Pour les étudiants vietnamiens nouvellement arrivés en France, le café devient parfois un refuge temporaire, un espace de familiarité au cœur du déplacement. « C'est un lieu sûr », explique Tong. « Un endroit où l'on peut rencontrer d'autres personnes qui comprennent ce que l'on traverse. »

gammeCOLLECTIVE : la soie vietnamienne artisanale au cœur de Paris

Quand la soie quitte le costume
Pour Han, fondatrice de gammeCOLLECTIVE, le point de départ est similaire : une absence. À son arrivée en France en 2016, la soie vietnamienne artisanale, pourtant historiquement riche et largement produite, est quasiment invisible dans la mode contemporaine parisienne.
« J'étais surprise », confie-t-elle. « C'est une matière noble, naturelle, d'une grande qualité. Et pourtant, à Paris, même dans le milieu de la mode, je ne la voyais pas. »
Plutôt que d'inscrire la soie dans un registre traditionnel ou exotisant, Han choisit une voie délibérément distante des clichés. « La soie est souvent associée à une image très traditionnelle, presque folklorique », explique-t-elle. « Je voulais montrer qu'elle peut appartenir au quotidien. »
Un atelier entre Paris et Hanoï
gammeCOLLECTIVE fonctionne entre Paris et Hanoï : les vêtements sont conçus en France et produits dans un petit atelier au Vietnam. Le rythme est lent, le processus volontairement humain.
« Au début, je ramenais les collections moi-même, dans ma valise, de Hanoï à Paris, quelques pièces seulement », se souvient Han. « Aujourd'hui, l'équipe travaille entre plusieurs pays, mais l'échelle reste volontairement humaine. »
Ce qui importe, pour elle, ce n'est pas le storytelling visuel, mais l'expérience sensorielle. « Je ne veux pas que quelqu'un regarde une robe et la classe immédiatement comme "exotique" ou "asiatique". Je veux que la première connexion soit instinctive : la coupe, le mouvement du tissu, la sensation sur le corps. »
Une ambition claire pour l'artisanat vietnamien
« Je veux que la soie vietnamienne soit perçue comme la soie italienne ou le cachemire », dit Han. « Pas exotique. Simplement excellente. »
Les vêtements sont pensés non comme des images, mais comme des compagnons. « Nous concevons des pièces qui s'adaptent à des corps, des âges, des identités différentes. Pas l'inverse. »
Ce que ces deux adresses disent de la culture vietnamienne à Paris
Ce qui relie Viahe Caphe et gammeCOLLECTIVE, c'est une conviction commune : la culture n'a pas besoin d'être expliquée pour être comprise. Elle peut être ressentie, par le goût, la texture, l'atmosphère, bien avant d'être nommée.
« La culture n'a pas besoin d'être expliquée pour être ressentie », dit Han. « Elle peut se transmettre par le confort, par la sensation sur la peau. »
Mai exprime la même idée à travers le café. « Beaucoup de nos clients ne connaissent pas du tout le Vietnam », explique-t-elle. « Ils le découvrent ici, et certains décident même d'y voyager ensuite. »
Les deux projets ont d'abord rencontré du scepticisme. Le café vietnamien était sous-estimé. La soie vietnamienne, souvent perçue comme désuète. Plutôt que de répondre, ils ont persisté, et le temps, plutôt que l'explication, est devenu leur meilleur allié.
Ni Viahe Caphe ni gammeCOLLECTIVE ne cherchent à se multiplier. « L'âme est ici », dit simplement Mai. « Nous ne voulons pas de plusieurs maisons. »
À retenir : la culture vietnamienne à Paris, une présence discrète et durable
Un café bu lentement. Une robe en soie portée sans occasion. Une conversation qui devient familiarité.
Ce n'est pas une mise en scène culturelle. C'est une présence culturelle, et peut-être est-ce ainsi que la culture perdure : non pas en se proclamant, mais en s'inscrivant dans le quotidien parisien.

Adresse : 16 rue Daval, 75011 PARIS
Instagram : @viahecaphe
Addresse : 16 rue de la fontaine au roi, 75011 PARIS
Instagram : @gammecollective

